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1er février 2018 : La seconde 2 rencontre Vélibor Cölic

20180201 Rencontre Velibor Colic8:24 : Nous accueillons Velibor Cölic sur le quai de la gare de Molsheim. Elisabeth Gervail l’accueille dans sa langue natale : "Dobar dan !" : Bonjour !
"Fino da ste doŠli kod nas !" : C'est bien que vous soyez venu nous voir !

9:00 : Les élèves avec Mme Mugel, leur professeur de lettres et Mme Eple-Scheuer leur professeur d’histoire rencontrent enfin Velibor Cölic.

Vélibor se présente et répondra aux questions préparées par les élèves. Des questions sur plusieurs thématiques : la guerre, l’exil, les migrants et son écriture.

Les élèves découvrent Vélibor Colic grand avec son 1,95m. Quand il parle, c’est avec tout son corps. Il ouvre grand les bras, allonge ses jambes, s’agite sur sa chaise et par son récit nous fait rire, sourire, multiplie les émotions.

La guerre :

Léa : « Quand vous étiez soldat, quel a été le moment le plus dur ? »

Vélibor : « La guerre est une nuit noire.

D’abord, j’ai perdu mon frère.

Ensuite, le moment le plus dur dans ma vie a été de voir une fillette rom-tzigane tomber sous mes yeux, tuée par un snipper. Depuis, plus de vingt ans je cherche dans ma tête cet homme qui l'a tuée. Une fillette qui tombe en jouant fait du bruit, car elle crie « aie ». Cette fillette de sept ans est tombée sans bruit. »

Maëlle : « N'avez-vous pas peur qu'une guerre éclate à nouveau ? »

Vélibor : « Oui, j’ai toujours peur qu’une guerre éclate. Les attentats me font peur. J’ai eu peur quand il y a eu l’attentat à Charlie Hebdo et au Bataclan.

Il ne faut pas provoquer. Il faut rester lucide. La paix est la plus précieuse des choses. »

Emma : « Concernant la guerre en ex-Yougoslavie, comment vous positionnez-vous ? »

Vélibor : « Je suis persuadé qu’il y a de la place pour tout le monde. Vivre ensemble c’est l’intelligence. Le nationalisme vous enferme. Il vaut mieux négocier pendant cent ans que vivre une journée de guerre.

Emma : « Que pensez-vous du fait que l’Union Européenne et la France n’ait pas réagi face à la tragédie qui se déroulait dans votre pays ?

C’est scandaleux. En Bosnie, sur dix morts, 9 étaient des civils et 1 était soldat.

Un jour, un journaliste sur Europe 1, m’a demandé d’expliquer la guerre en une minute quarante.

Je lui ai répondu, pas de problème. Il y a trois niveaux :

- Le génocide d’un peuple : des victimes à cause d’une opinion politique, une couleur de peau…

- Le mémoricide : Tuer l’idée qu’un autre a existé à côté de chez nous. Tuer la mémoire.

- Urbicide : Tuer une ville. La spécialité yougoslave est d’encercler la ville et de la bombarder. C’est ce qui a été fait pour Sarajevo, Dubrovnik.

Il y a deux sortes de guerre : humilier l’autre et le tuer de manière très sauvage. »

Florian : « Comment avez-vous fait pour fuir la guerre ? »

Vélibor : « Pour fuir la guerre, j'ai dû attendre le bon moment. Ce n'est pas parce qu'on le décide que l'on peut le faire. La police, les soldats sont partout. Il y a des barrages de partout. Ce sont deux étudiants de Rennes qui m’ont cherché.

Malgré mon passeport, j’ai quitté mon pays dans le coffre d'une Clio.

J’ai traversé avec eux la Croatie, la Slovénie, l’Allemagne, la France avec le Pont de l’Europe, Paris et à Rennes, je suis arrivé comme réfugié. C’est à ce moment là que j’ai écrit Manuel d’exil. Et par ce manuel j’ai voulu représenter la quête de la verticalité. »

 

L’exil…   Les migrants...

 Être réfugié, c’est comme une claque. Quelque part, c’est comme si nous étions invités. Entre invité et non désiré, il n’y a qu’un pas.

Lénaïc : « Pourquoi avoir choisi la France comme pays d'exil ? En particulier la Bretagne ? »

Vélibor : »Beaucoup de mes cousins, de mes amis sont partis vivre en Allemagne, au pays-Bas, au Danemark, au Canada. Ils voulaient en profiter pour faire du Business. Moi, je voulais vivre en France pour vivre ma passion pour la littérature et l'écriture.

Vivre en Bretagne n’a pas été un choix. C’est l’une de mes amies, Mireille qui m’a suggéré d’aller là-bas car ils voulaient me tuer . Elle m’a proposé de faire une demande d’asile politique et elle a été acceptée.

J’ai vécu 28 ans là-bas et cela fait 25 ans que je suis en France. J'ai vécu ma vie d'homme ici.

Ma définition d’un étranger, c’est d’avoir un accent »